Enfant morne, je ne peux pas me dire normale. Refusant de jouer, de manger avec les autres, restant cloitrée constamment dans ce réduit qui me sert de chambre, je me terre dans un monde qui me semble propre, un monde de noir et de gris, un univers ou plus rien ne peut passer, d'où plus rien ne peut s'échapper... Mes parents semblaient affliges par mon état de mutisme constant, pour une enfant de quatre ans, j'étais bien anormale. Jouant a mes heures sur le carrelage froid de la cuisine ou sur le parquet cire de ma chambre, je ne trouvais meilleure distraction que de m'imaginer des formes abstraite parcourant la pièce, a voir des créatures difformes se faufiler jusqu'à moi pour me tendre une main a trois doigts ou arborant un visage borgne... enfant anormale, c'était bien le mot pour me designer.
Ma famille ne pouvait me comprendre, ils me délaissaient finalement ; après tout, quelle utilité de s'occuper d'une enfant telle que moi ? Leur espoir se voyait renaitre lorsque naquit mon jeune frère... mes parents devenaient si doux... ils l'aimaient, le chérissaient comme jamais ils ne m'ont chéris. Tentant de me convaincre de l'accepter, d'accepter ce petit être fragile... ils me disaient continuellement de cette voix faussement douce :
_ Regis est ton gentil petit frère Alexis, tu dois prendre soin de lui comme toutes les grandes s½urs...
Moi ? M'occuper de cet enfant alors que je ne pouvais même pas m'occuper de mon propre corps ? Pour qui me prenaient-ils donc ? A croire que la venue de cet enfant leur ai redonne l'espoir de posséder une digne progéniture...
Je maigrissais a vue d'½il, refusant de me nourrir, je ne pouvais que m'en porter plus mal... Regis était, loin de moi, un enfant doux et paisible, mangeant avec appétit et jouant avec l'eternel sourire des enfants... le regarder me donnait une impression de différence considérable... Au fil du temps, tandis que mon jeune frère grandissait dans un bonheur sans faille, je sombrais dans ce subconscient qui me submergeait complètement.
Je devais avoir six ans lorsque j'ai surpris la conversation de mes parents ce soir-la... Ils parlaient de me jeter, de m'abandonner a de quelconque personne ayant la capacité de s'occuper de moi... Un asile ? Peut être pas, pour une enfant telle que moi, cela semblait une solution plus désespérée qu'autre... me laisser a un centre particulier ? Qui sait, cela pourrait porter ses fruits... mais comment expliqueraient-ils mon état physique ? Enfant d'une maigreur effrayante, une peau bronzée a l'extrême du fait que mes journées se déroulaient sous le halo solaire parcourant ma chambre par cette fenêtre par laquelle je regardais souvent le monde extérieur, des yeux soulignes par des cernes du fait de mon insomnie, des cheveux graisseux du fait de mon refus catégorique de les laver...
Une semaine passa sans que rien ne se passa, Qu'allait-il advenir de moi ? Je me le demandais...
Peu de temps après, mes parents vinrent me voir dans ma chambre, ils semblaient affligés par la décision a prendre, mai sils n'avaient plus d'autre choix. Ils m'expliquèrent que je devais aller passer quelques mois a un centre, ils disaient que ce serait une sorte de grande maison avec pleins d'enfants avec lesquels je pourrais jouer, ils disaient que je pourrais devenir comme les autres et que lorsque ce serait fait, je pourrais revenir a la maison et pourrais être heureuse... je me contentais de leur sourire sans savoir pourquoi mes lèvres esquissaient ce rictus. Ils me changèrent mes habits sales, ma mère se décida a me faire prendre un bain pour faire bonne figure au centre, mais lorsqu'elle versa de l'eau sur mes cheveux, je me mis a hurler, ce qui la contraignit a abandonner cette idée. Une fois propre, je sortis de la maison escortée de mes parents, ma mère a droite mon père a gauche, croyaient-ils que j'allais m'enfuir pour m'encadrer ainsi ?
Nous pénétrâmes dans la petite voiture rouge, voiture familiale dans laquelle je n'entrais pour ainsi dire jamais... les sièges n'avaient rien de confortables de mon point de vue. Mes parents assis a l'avant, mon père au volant, moi, assise a l'arrière, le visage colle a la vitre fermée, j'observais le paysage défilant sous mes yeux, m'émerveillant de ce nouveau monde qui se déployait sous mes yeux. L'envie de toucher ces immeubles, ces verts pâturages de natures, les rares restes intact de par la barbarie des hommes a la déformer de buildings hideux, Tournant ma tête vers le rétroviseur, je vis le visage de ma mère s'y refléter, elle avait les traits tendus par une tristesse venant d'on ne sais ou ; mon père quant a lui, serrait les dents, comme pour s'empêcher d'exprimer un sentiments pouvant ruiner le moral de sa conjointe.
Nous arrivâmes finalement devant une grande bâtisse aux murs blancs. Sortant de la voiture, nous nous retrouvâmes devant un bâtiment imposant, je me sentis comme écrasée sous son poids ; une étrange impression s'en dégageait. Mon père s'avança vers l'immense porte en bois ancien et tira sur ce qui semblait être une petite sonnette ancienne. Une domestique ouvrit la porte, travaillant dans un centre pour enfants, elle ne semblait pas des plus joviales. Nous demandant nos identités, elle nous dit d'une voix tremblante que le directeur de l'établissement nous attendait dans son bureau...